11. Corrigés complets des sujets
Sujet : Dans Le Degré zéro de l'écriture, Roland Barthes affirme : « L'univers poétique est rempli de tourments qui font des poètes des gens qui n'ont jamais souri ». Expliquez et discutez cette opinion de Roland Barthes dans un développement argumenté et illustré d'exemples tirés d'œuvres poétiques lues ou étudiées.
Introduction :
De tout temps, les poètes ont mis en vers leurs joies comme leurs peines, et l'on dit souvent d'eux qu'ils sont des êtres plus sensibles que les autres. Dans Le Degré zéro de l'écriture, Roland Barthes affirme : « L'univers poétique est rempli de tourments qui font des poètes des gens qui n'ont jamais souri ». Autrement dit, selon lui, la poésie est faite de souffrances, et les poètes seraient des êtres toujours tristes, qui ne connaissent pas la joie. Ce sujet pose alors le problème suivant : la poésie est-elle toujours le chant de la souffrance, et le poète est-il condamné à ne jamais sourire ? Notre travail consistera d'une part à montrer que la poésie exprime souvent les tourments du poète, et d'autre part à démontrer que les poètes savent aussi chanter la joie, l'amour et la beauté.
Développement, partie 1 :
Pour Barthes, la poésie est pleine de tourments, car les poètes expriment leurs douleurs personnelles et celles de leurs peuples.
D'abord, le poète exprime la douleur de perdre un être cher. En effet, la mort de la personne aimée blesse profondément sa sensibilité, ce qui donne à ses vers un ton douloureux. Par exemple, dans le poème « Demain, dès l'aube », extrait des Contemplations, Victor Hugo exprime la douleur de la perte de sa fille Léopoldine, et dans le poème « Le Lac », extrait des Méditations poétiques, Alphonse de Lamartine pleure la disparition de la femme aimée.
De plus, le poète exprime le mal de vivre. En effet, il se sent souvent seul et écrasé par la monotonie de l'existence, ce qui le plonge dans la mélancolie. Par exemple, dans le poème « Spleen », extrait des Fleurs du mal, Charles Baudelaire décrit un ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle sur l'esprit, et dans « Chanson d'automne », extrait des Poèmes saturniens, Paul Verlaine évoque les sanglots longs des violons de l'automne qui blessent son cœur d'une langueur monotone.
Enfin, le poète souffre de l'exil et des malheurs de son peuple. En effet, il porte en lui la douleur des siens, ce qui rend son chant grave. Par exemple, dans Chants d'ombre, Léopold Sédar Senghor exprime la nostalgie de son pays natal, qu'il a quitté pour la France, et dans le Cahier d'un retour au pays natal, Aimé Césaire dénonce la misère et l'humiliation des peuples noirs colonisés.
Ainsi, la poésie est souvent habitée par les tourments personnels et collectifs du poète.
Il est certes vrai que la poésie exprime la souffrance ; cependant, les poètes savent aussi chanter le bonheur.
Développement, partie 2 :
Cependant, les poètes ne passent pas leur vie à pleurer : ils savent aussi sourire et faire sourire.
D'abord, le poète chante l'amour et la beauté de la femme. En effet, l'amour éveille en lui la joie et l'émerveillement, ce qui adoucit son chant. Par exemple, dans le poème « Femme noire », extrait de Chants d'ombre, Léopold Sédar Senghor célèbre la beauté de la femme africaine, et dans le poème « La lune blanche », extrait de La Bonne Chanson, Paul Verlaine exprime le bonheur paisible d'un amour partagé.
De plus, le poète célèbre la nature et les joies simples de la vie. En effet, devant la beauté du monde, il goûte un vrai bonheur, ce qui met de la lumière dans ses vers. Par exemple, dans le poème « Sensation », Arthur Rimbaud exprime le plaisir d'aller librement dans les sentiers par les soirs d'été, et dans « Vieille chanson du jeune temps », extrait des Contemplations, Victor Hugo évoque avec légèreté les promenades de sa jeunesse et le plaisir d'aimer.
Enfin, le poète sait rire et faire rire. En effet, grâce à l'humour et à la fantaisie, il redonne le sourire à son lecteur. Par exemple, dans le poème « Le Cancre », extrait de Paroles, Jacques Prévert montre avec tendresse un élève rêveur qui refuse de répondre au professeur, et dans ses Fables, Jean de La Fontaine amuse le lecteur par la malice de ses animaux.
Ainsi, la poésie ne parle pas seulement de souffrance : elle chante aussi l'amour, la nature et la gaieté.
Conclusion :
En définitive, la poésie est souvent habitée par les tourments, car le poète exprime ses deuils, son mal de vivre et les souffrances de son peuple, mais elle chante aussi l'amour, la nature et la gaieté. Selon nous, l'opinion de Barthes est donc vraie en partie, mais exagérée : on ne peut pas dire que les poètes n'ont jamais souri, car la douleur n'est qu'une des voix de la poésie. On peut alors se demander si ce n'est pas la souffrance transformée en beauté qui donne à la poésie sa force d'émotion.
Sujet : Dans la préface de Tartuffe, Molière affirme que « l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes ». Pensez-vous que le théâtre doive se limiter à cette seule fonction éducative et morale ?
Introduction :
Depuis l'Antiquité, le théâtre occupe une place importante dans la vie des sociétés : on y rit, on y pleure et on y réfléchit. Dans la préface de Tartuffe, Molière affirme que « l'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes ». Autrement dit, selon lui, le rôle du théâtre comique est d'éduquer le public en lui montrant ses défauts pour qu'il s'en corrige. Ce sujet pose alors le problème suivant : le théâtre doit-il se limiter à une fonction éducative et morale ? Notre travail consistera d'une part à montrer que le théâtre corrige effectivement les vices des hommes, et d'autre part à démontrer qu'il remplit aussi d'autres fonctions.
Développement, partie 1 :
Pour Molière, le théâtre est une école : il corrige les hommes en les faisant rire de leurs défauts.
D'abord, le théâtre dénonce l'hypocrisie. En effet, en montrant le faux dévot sous son vrai visage, il apprend aux spectateurs à se méfier des apparences. Par exemple, dans Tartuffe, Molière démasque un imposteur qui se sert de la religion pour tromper Orgon et s'emparer de ses biens, et dans Dom Juan, le héros fait semblant d'être devenu dévot pour échapper à ses ennemis.
De plus, le théâtre corrige l'avarice et la vanité. En effet, en grossissant ces défauts, il les rend ridicules, ce qui pousse le public à s'en éloigner. Par exemple, dans L'Avare, Molière présente Harpagon, prêt à sacrifier le bonheur de ses enfants pour protéger sa cassette, et dans Le Bourgeois gentilhomme, il se moque de Monsieur Jourdain, un bourgeois qui veut à tout prix imiter les nobles.
Enfin, le théâtre combat la crédulité et la peur imaginaire. En effet, en montrant des personnages trompés, il invite le public à garder l'esprit critique. Par exemple, dans Le Malade imaginaire, Molière montre Argan, obsédé par la maladie et trompé par des médecins incompétents.
Ainsi, le théâtre corrige les vices des hommes en les faisant rire d'eux-mêmes.
Il est certes vrai que le théâtre corrige les défauts ; cependant, il ne se réduit pas à cette leçon de morale.
Développement, partie 2 :
Cependant, le théâtre remplit aussi d'autres fonctions que la correction des vices.
D'abord, le théâtre divertit. En effet, le public vient aussi pour rire, oublier ses soucis et partager un moment de plaisir. Par exemple, dans Les Fourberies de Scapin, Molière multiplie les ruses du valet et les coups de bâton pour faire rire, et Le Malade imaginaire se termine par une cérémonie burlesque qui amuse le spectateur.
De plus, le théâtre dénonce l'injustice et défend la liberté. En effet, la scène peut devenir un lieu où l'on critique le pouvoir. Par exemple, dans Le Mariage de Figaro, Beaumarchais critique les privilèges de la noblesse par la voix de Figaro, et dans La Tragédie du roi Christophe, Aimé Césaire met en scène les dérives du pouvoir dans un pays qui vient de conquérir son indépendance.
Enfin, le théâtre fait ressentir de fortes émotions et pose les grandes questions de l'existence. En effet, il touche le cœur autant que l'esprit. Par exemple, dans Phèdre, Jean Racine montre une héroïne écrasée par une passion qu'elle ne peut vaincre, et dans Antigone, Jean Anouilh pose la question de l'obéissance à la loi et du droit de se révolter.
Ainsi, le théâtre est à la fois un lieu de divertissement, de combat et d'émotion.
Conclusion :
En définitive, le théâtre corrige effectivement les vices des hommes, mais il ne peut pas se limiter à cette fonction, car il divertit, il dénonce les injustices et il fait ressentir les grandes émotions humaines. Selon nous, la fonction morale est importante, mais elle n'est qu'une des missions du théâtre. On peut alors se demander si le plaisir du spectacle n'est pas la meilleure façon d'instruire le public.